La préparation d’un cours de peinture m’a amené à explorer l’œuvre de Cranach.
Ils sont deux : père et fils, comme l’étaient Filippo et Filippino Lippi, Holbein le jeune et le vieux, Bruegel ….
Ces transmissions de savoir et de savoir-faire étaient assez courant à cette époque. Peut-être pouvons nous mettre ces pratiques en parallèle avec les dynasties actuelles dans l’audiovisuel et le cinéma. Ce qui est étonnant, c’est que la passation s’arrête à une génération. Que sont devenus les fils des « fils de ? » En peinture, on n’en trouve pas.
La tête légèrement penchée, un sourire intérieur effleurant la toile et un étrange regard en coin, plutôt inexpressif …voilà les constantes dans les personnages féminins de Cranach l’ancien. Les corps sont diaphanes, ondulants… On peut y voir une persistance du gothique ou une participation au maniérisme international.
Une grâce un peu perverse, un érotisme toujours présent. Presque un demi-siècle plus tard, en 2008, une affiche montrant la vénus nue, destinée à promouvoir une exposition Cranach à la Royal Academy of Arts de Londres fut censurée. L’œuvre, conservée au Musée de Francfort, n’a pas été du goût de la London Underground, jugeant qu’elle était une offense à la pudeur. Pour justifier sa décision, elle a cité son règlement en matière d’affichage, qui bannit toute publicité «montrant des hommes, des femmes ou des enfants d’une façon sexualisée, ou montrant des corps à moitié ou totalement dénudés dans un contexte ouvertement sexuel. Au final, la décision d’interdire l’affiche fut annulée.
Etrange regard, étrange aussi le plaisir du peintre à représenter ces femmes si jeunes et si graciles avec une épée, un couteau… Cranach a peint 4 versions de Judith et Holopherne. L’histoire biblique : une ville assiégée, une belle et riche veuve qui par son pouvoir de séduction décapite l’adversaire et sauve ainsi sa ville. D’autres peintres ont représenté cette histoire. Souvent de manière plus pudique quand à la tête du tyran. Cranach nous montre Judith la tête dans une main, l’arme tranchante encore chaude dans l’autre.

Sa mélancolie, éclatante de couleur dans sa robe rouge, dans une dynamique de légèreté aérienne. Toutes les lignes du tableau convergent vers le menu sein de cette jeune et jolie personne. Portant de travers une couronne d’épines, elle taille une verge de bois. Toujours cet érotisme teinté de dangerosité. Ce tableau se trouve au musée de Colmar.
Finalement, je vais retenir de cette visite dans l’univers de Cranach, la douceur des visages et un peu oublier le côté tranchant de ces belles! Je vais proposer à mes élèves une copie de la tête de la première Judith…juste la tête…
Biographie de Cranach :
http://arts.fluctuat.net/lucas-cranach-l-ancien.html
Sur la censure de l’affiche :
http://www.liberation.fr/actualite/010129329-la-venus-nue-de-cranach-autorisee-a-prendre-le-metro-de-londres